jeudi 13 mai 2010

Pourquoi les pubs anglais défoncent les bars français?

ALCOOOOL_ Le chauvinisme est de bonne guerre: les rosbifs n'y connaissent rien au camembert, ni au pinard et à la bonne chère en général. Mais, quand il s'agit de se la coller convivialement, là, ils sont experts. Une enquête par immersion.



À Nancy, the place to be, c'est devenu les Berthoms. Depuis l'ouverture en 2006, le bar à bières de Stanislas Street s'est imposé sur le secteur ultra-concurrentiel du bistrot étudiant. Phoenix (trop vieux), Café des Artistes (trop sale), Petit R (trop bourge), Barsi-Barla (trop loin), Blitz (trop sombre), Quincaillerie (trop petit), Mac Carthy (trop irlandais), aucun n'a réussi à résister à la désormais célèbre Happy Hour. De 19 heures à 21 heures, les Berthoms se bondent de monde. Pintes à moitié prix, murs patinés et tabourets en bois massif, les Berthoms rappellent la chaleur des pubs britons. Sans l'égaler.

Passé en trois années du statut de bar pour hippies égarés de la Pépinière à lieu de rendez-vous du gotha nancéien, la population des Berthoms semble avoir délaissé les dreadlocks en friche pour les trenchs bien taillés. « Il y a partout des gens sympas, qui aiment la bière, la musique et les gens sympas. Chez les Berthoms, il y en a juste un peu plus qu'ailleurs... » se targue le site internet du pub à la française. Certes. À mesure que les pintes se vident, les conversations se dérident. Et c'est plutôt fun.

Les éméchés de mèche.

Sauf que les Berthoms ne bénéficient pas d'une configuration à l'anglaise. En allant chercher directement sa consommation au comptoir, l'aspect "serveur=esclave" disparaît. T'as soif? Sors toi les doigts, paie ta tournée. Là aussi, plus pratique de commander en bande, et donc de boire en bande. Plus social, donc. Accoudé au zinc, en attendant le barman, il devient aisé d'aborder son voisin. Surtout, dans le charme des boiseries, des moquettes démodés, des peintures champêtres, l'impression d'emmerder son prochain ne se fait pas ressentir.

Aux toilettes, un mec me parle des us et coutumes dans les sanitaires britanniques. Franche rigolade. Je ne le reverrai jamais, mais son intervention a changé ma vie. True story. D'après Jean-Baptiste Botul, dans La Vie Sexuelle d'Emmanuel Kant, « seul le pub fournit un climat pour des interactions intimes dans lesquelles les personnes de toutes classes sociales et économiques peuvent partager des sensations, des sentiments personnels ». En sortant d'une journée éreintante de boulot, à 17h, les Pubgoers – par définition, ceux qui vont au pub – se retrouvent pour partager et une pinte, et une conversation. Ou pour mater le match de foot du club local.

Le rapport quantité/prix.

Jusque là tout va bien. L'ambiance des Berthoms s'avèrent pas mal. Là où le bat blesse – c'est à la fois la force et la faiblesse de l'Happy Hour – c'est que les pintes sont pas chères que deux heures/jour. Soit. C'est le principe. Nouvelle raison de préférer les pubs (les vrais, les anglais): les pintes sont pas chères tout le temps, de 17h à 5h. En moyenne, une pinte coute 3£ = 3,50€. Grosso modo, le prix d'une pinte lors de l'Happy Hour. Soyons sympa, arrondissons à 3€ la pinte en France.

Mais (il y a toujours un mais). Les pintes françaises, remplies 3 centimètres en dessous du ras-bord, contiennent exactement 50cl. Les pintes anglaises, elles, sont remplies à taquet et contiennent donc 57cl – selon de savants calculs. À 3,50€ la pinte (57cl), un litre de bière coute donc 6,14€. Contre 6€ en France. Et si l'on considère une soirée lambda se déroulant de 19h à 23h, le prix moyen d'un litre de bière anglais reste à 6,14€. En France, avec seulement deux heures d'Happy Hour et deux heures à tarif plein (mettons 5€ la pinte, 10€ le litre), le prix moyen du litre s'élève à (6€x2h + 10€x2h)/4h = 8€. Plus cher, donc. CQFD.

Aux pintes cheap et à la sociabilité easy, ajoutez le son et le sang: le cocktail parfait aux soirées alcoolisées.

Cheers, guys!

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